Allocution pour la conférence intitulée L'avenir de la dualité linguistique : nos langues officielles, notre identité

Ottawa (Ontario), le 30 novembre 2017
Ghislaine Saikaley - Commissaire aux langues officielles par intérim

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonjour.

Permettez-moi d’abord de vous remercier de participer à notre conférence, qui se déroule simultanément dans six villes canadiennes. Il s’agit de notre premier dialogue national de ce genre, et nous sommes quelque trois cent participants d’un bout à l’autre du Canada : des gens à Edmonton, à Winnipeg, à Toronto, à Montréal, à Moncton et ici à Ottawa. Je suis très fière de vous accueillir à notre événement phare pour célébrer le 150e anniversaire du Canada.

Je vous propose de voir cette journée comme une occasion unique de nous projeter dans l’avenir afin de réfléchir à ce que sera l’état de la dualité linguistique et du bilinguisme au pays pour les prochaines générations.

Si nous vous avons réunis aujourd’hui, c’est que votre voix est essentielle dans notre processus de discussion et de réflexion.

Comme vous le savez, plusieurs éléments nous incitent à la réflexion, surtout depuis la diffusion des Projections linguistiques pour le Canada – 2011 à 2036, réalisées par Statistique Canada, et des données linguistiques du Recensement de 2016, qui ont suscité bon nombre de discussions dans les médias depuis août dernier. À la lumière de ces statistiques, nous sommes en droit de nous questionner sur les répercussions qu’auront les changements démographiques et linguistiques sur la société canadienne de demain.

Nous pouvons aussi nous demander comment l’immigration influencera le portrait linguistique du pays et comment le fait d’avoir plusieurs identités et appartenances façonne la dualité linguistique canadienne.

Je n’ai pas de boule de cristal pour prédire l’avenir. Au Commissariat aux langues officielles, nous consultons plutôt les statistiques sur la langue à moyen et à longs termes, comme celles qui montrent que, de 1961 à 2016, le taux de bilinguisme a subi une croissance de l’ordre de 12 % à 18 % dans chacune des catégories d’âge de la population de langue maternelle anglaise d’âge scolaire. Voilà des indicateurs qui nous donnent une bonne idée de ce qui se dessine pour l’avenir.

Depuis mon entrée en poste, je m'efforce de faire valoir que la dualité linguistique est une valeur canadienne fondamentale, et non une simple obligation administrative imposée par le gouvernement fédéral. Pour cette raison, il est primordial que le gouvernement fasse preuve de leadership dans la protection de nos acquis linguistiques.

C’est sans doute mon enfance à Rouyn-Noranda qui m’a amenée à me passionner pour la dualité linguistique et à en faire la promotion à travers le pays.

Dans le quartier où j’ai grandi, francophones et anglophones vivaient ensemble. Nous étions ouverts aux diverses cultures. Je pense aux Polonais, aux Allemands et aux Hongrois qui vivaient à Noranda. Chez nous, les deux langues officielles étaient parlées. Nous écoutions de la musique dans la langue de Molière et dans celle de Shakespeare.

La dualité linguistique fait partie de mon identité comme elle fait partie de l’identité commune de tous les gens de ce pays, peu importe leur origine.

Elle est aussi liée à la diversité culturelle, une réalité de plus en plus répandue non seulement au Canada, mais partout sur la planète.

À une époque où la signification d’identité nationale est remise en question par la mondialisation, la dualité linguistique demeure une pierre angulaire pour notre société canadienne, et le dialogue national se déroule en français et en anglais. Mais comment arrimer un tel dialogue national avec des réalités régionales où d’autres langues sont de plus en plus présentes?

Aujourd'hui, au pays, le français est la première langue officielle de 8 millions de Canadiens, et l'anglais, de 26 millions. Environ 18 % des Canadiens sont bilingues. Combien le seront-ils en 2042 ou en 2067? Difficile à dire. J’ose espérer que ce pourcentage ne cessera de croître, mais ça n’arrivera pas tout seul.

D’ailleurs, on dit « bilingue » en pensant au français et à l’anglais, mais cela a toujours été plus compliqué que cela. Qu’est-ce que bilingue veut dire à Halifax, à Toronto, à Surrey?

Dans deux ans, en 2019, nous célébrerons le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles. Pour moi, il s’agit d’une occasion de rappeler les buts visés par la Loi. Celle-ci reconnaît l’égalité de statut du français et de l’anglais dans toutes les institutions fédérales. Elle vise principalement à faire en sorte que la population ait accès aux services des institutions fédérales dans la langue officielle de son choix.

Il y a trois autres points que j’aimerais aborder brièvement, car le temps file et je sais que les panélistes ont beaucoup à dire sur ces questions si importantes.

Premièrement, l’immigration. On sait tous d’ores et déjà que l’immigration a d’importantes répercussions sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Cette question occupe une place croissante dans les médias canadiens et suscite beaucoup d’interrogations dans divers milieux, notamment dans les réseaux éducatifs, et du point de vue de l’intégration des immigrants dans ces communautés.

Ce phénomène ne risque pas de disparaître dans les années à venir. Au contraire! On estime que les immigrants et les personnes de deuxième génération pourraient représenter près d’une personne sur deux au pays en 2036. On déploie maintenant beaucoup d’efforts pour définir les communautés francophones et anglophones en milieu minoritaire comme des « sociétés d’accueil ». Qu’est-ce que cela signifie pour ces communautés?

Deuxièmement, les langues autochtones. Voilà un autre sujet brûlant de l’actualité. Il existe actuellement environ 70 langues autochtones parlées au pays. Ces langues forment une partie fondamentale du tissu social canadien.

En décembre 2016, le premier ministre du Canada s’est engagé à déposer une loi visant à préserver, à protéger et à revitaliser les langues autochtones. Le gouvernement pourrait même profiter de l’occasion pour rétablir une enveloppe budgétaire qui avait comme objectif de soutenir des initiatives visant à faire la promotion des langues autochtones. C’est une bonne nouvelle! Ce sera un pas de plus vers la réconciliation avec les peuples autochtones. Cela changera-t-il la conversation entourant le statut du français et de l’anglais comme langues officielles du pays?

Troisièmement, je veux parler du plurilinguisme. Je vous ferai grâce de toutes les statistiques, mais il est évident que ce phénomène gagne du terrain au Canada. Canada est de plus en plus diversifié sur le plan linguistique.

Avec l’arrivée du prochain commissaire aux langues officielles, le Commissariat est à l’aube d’un renouveau. Cette conférence est une occasion unique pour vous de nous dire dans quelle direction vous aimeriez voir avancer le Commissariat, le gouvernement et le Parlement à plus ou moins long terme. Avant même de répondre à cette question, vous serez appelés à discuter des moyens que l’on devrait prendre ensemble pour continuer à faire progresser la dualité linguistique dans une société en évolution rapide.

Et compte tenu des changements démographiques et linguistiques (et technologiques!), comment imaginez-vous l’avenir de la dualité linguistique en tant que partie intégrante de l’identité canadienne?

Il n’y aura pas de consensus aujourd’hui. Nous recherchons votre génie individuel autant que votre sagesse collective. Vos espoirs, vos craintes, vos idées, nous en prendrons bonne note.

Bonne conférence à tous et au plaisir de vous écouter et de mettre en commun nos réflexions sur ces questions. On se reparle à la fin de la journée.

Date de modification:

2017-11-30