Archived - Notes pour une discussion informelle à l'École de la fonction publique du Canada à l'occasion de la Journée de la dualité linguistique

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Ottawa (Ontario), le 12 septembre 2013
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour.

C'est un immense plaisir pour moi d'être ici parmi vous, à l'École de la fonction publique du Canada, et de prendre part à la discussion d'aujourd'hui avec mes collègues conférenciers.

En cette Journée de la dualité linguistique, je ne peux penser à un endroit plus approprié que celui ci pour parler d'un sujet qui me tient à cœur et qui, je l'espère, en est de même pour vous.

Il se trouve que notre discussion coïncide avec la diffusion par le Commissariat d'une nouvelle étude sur la formation linguistique dans la fonction publique fédérale. J'aimerais profiter du temps qui m'est alloué cet après midi pour vous faire part de certaines de nos constatations. J'utiliserai Objectif 2020 comme cadre de discussion et explorerai comment la dualité linguistique contribue à une main-d'œuvre compétente, confiante et efficace.

D'abord, rappelons que le gouvernement fédéral souligne depuis cinq ans la Journée de la dualité linguistique. Mais que célébrons nous au juste au cours de cette journée?

La dualité linguistique fait partie intégrante de notre identité, une identité double qui appartient à tous les Canadiens. Notre histoire confère au gouvernement du Canada l'obligation de faciliter l'accès de tous les Canadiens à nos deux langues officielles, le français et l'anglais.

Ni le français ni l'anglais ne sont des langues étrangères. Ce sont des langues canadiennes. Et nos deux langues appartiennent à tous les Canadiens, sans égard à leurs antécédents linguistiques, à leur bilinguisme ou à leur unilinguisme.

Au Canada, aujourd'hui, plus de 7 millions de personnes ont le français comme première langue et plus de 25 millions ont l'anglais. Environ 17 p. 100 des Canadiens sont bilingues.

La dualité linguistique est une valeur, pas une obligation. C'est un atout, pas un fardeau. La dualité linguistique est une partie intégrante de la fonction publique fédérale. Elle permet à chaque employé de contribuer au meilleur de ses capacités.

Selon les dernières données Note de bas de page 1, 71 p. 100 des fonctionnaires ont déclaré avoir l'anglais comme première langue et 29 p. 100, le français. En outre, 40 p. 100 des postes de la fonction publique fédérale nécessitent la connaissance des deux langues officielles, tandis que le tiers des bureaux et des points de prestation de services doivent fournir des services bilingues.

Vous, les leaders actuels et futurs, avez un rôle critique à jouer en mettant l'accent sur l'importance de la dualité linguistique à l'échelle de la fonction publique. Ceux d'entre vous qui l'ont intégré comme valeur fondamentale savent bien que cela est essentiel pour qu'elle devienne partie intégrante de votre milieu et de vos pratiques de travail.

Peu importe vos fonctions, qu'il s'agisse de supervision d'employés ou de prestation de services directement auprès du public ou d'un sous ministre, vous faites preuve de leadership lorsque vous respectez la dualité linguistique.

Comment faire pour concrétiser ces occasions? La formation linguistique est un élément essentiel pour y arriver. Elle peut aider les fonctionnaires à développer les qualités de chef dont ils ont besoin pour former une main d'œuvre compétente, confiante et efficace, correspondant à la vision énoncée dans Objectif 2020.

La formation linguistique permet aux fonctionnaires fédéraux de maintenir leurs acquis linguistiques et de les perfectionner. Elle leur est utile pour progresser dans leur carrière en vue d'occuper des postes de gestion.

Mais les services de formation linguistique ont beaucoup changé au cours de la dernière décennie en raison de la décentralisation vers les institutions fédérales. Le processus n'a pas été bien documenté, ce qui nous empêche d'avoir une idée claire de ce qui se fait à ce chapitre et de quelle manière.

C'est la raison pour laquelle nous avons réalisé notre plus récente étude, intitulée Défis : Un nouvel environnement pour la formation linguistique dans la fonction publique fédérale.

Au moment de l'instauration de la formation linguistique dans la fonction publique, il y a cinquante ans, il s'agissait d'une mesure temporaire. Selon l'opinion répandue à l'époque, les universités allaient éventuellement alimenter le plus important employeur du pays en diplômés bilingues. La formation linguistique ne serait donc plus nécessaire, puisque la fonction publique bénéficierait des talents de diplômés partout au pays. C'était une conception très logique et prospective de la situation. La réalité en est tout autre.

J'ai rencontré nombre de recteurs, chanceliers et doyens. La plupart d'entre eux reconnaissent d'emblée que leur établissement n'en fait pas assez pour mettre à profit les compétences linguistiques des étudiants acquises au secondaire. Certaines universités réussissent mieux que d'autres, comme l'Université d'Ottawa. Cependant, pour les étudiants de nombreuses régions, le perfectionnement de leur seconde langue officielle est une question d'engagement personnel. Il n'est pas partie intégrante du cheminement universitaire standard.

Le gouvernement fédéral a donc dû continuer d'offrir de la formation linguistique. Et cet engagement fait évidemment partie de notre avenir, étant donné que les universités canadiennes, quoique bien intentionnées, ne sont en mesure d'offrir ni des programmes de langue seconde ni des activités connexes de qualité.

Un volet de la formation linguistique consiste à aider des fonctionnaires n'ayant pas de compétences en langue seconde à devenir bilingues. Cela n'est toutefois pas le principal objectif. Le plus souvent, les employés veulent améliorer leurs compétences. Ils veulent atteindre un niveau de bilinguisme raisonnable et montrent un intérêt dès le début de leur carrière, et non trois mois avant d'obtenir un poste de superviseur.

L'étude rendue publique aujourd'hui fait ressortir l'importance de la motivation du personnel dans l'apprentissage et le maintien d'une langue seconde, ainsi que le rôle clé des gestionnaires de la fonction publique lorsqu'il s'agit de prêcher par l'exemple et d'utiliser régulièrement les deux langues officielles.

La formation linguistique doit faire partie intégrante de votre plan de carrière; ce n'est pas un élément secondaire. Bravo aux fonctionnaires déjà engagés dans cette voie!

Lors du transfert complet de la formation linguistique de l'École de la fonction publique du Canada aux institutions fédérales l'an dernier, j'ai craint que le programme se fonde tout simplement à la formation générale, et qu'il devienne impossible d'évaluer la formation linguistique. Le fait que nous ayons pu recueillir quantité de données pour l'étude est encourageant. Il reste cependant encore beaucoup à faire.

Dans le cadre de notre étude, nous avons jugé important de définir ce que nous entendons par reddition de comptes. Comment s'assurer que les ministères prennent au sérieux la formation linguistique et mettent en place des mesures permettant de mesurer les progrès accomplis? Je suis heureux d'affirmer que de nombreux ministères y arrivent malgré les contraintes budgétaires.

Cela ne veut pas dire pour autant que nous pouvons nous vanter que tout est parfait. Je suis aussi d'avis que les institutions fédérales doivent améliorer leurs rapports sur les activités, les dépenses et les résultats liés à la formation linguistique. Dans le cadre de notre sondage, 84 p. 100 des répondants ont indiqué conserver un registre des données relatives à la formation linguistique, alors que près du quart d'entre eux ont admis ne pas faire de collecte systématique de données.

Comme il n'y a pas actuellement de façon de mesurer la formation linguistique dans la fonction publique, je recommande que les administrateurs généraux soient tenus de dresser une liste d'indicateurs et de recueillir des données en lien avec ces indicateurs. Ils devraient établir un mécanisme de reddition de comptes sur la formation linguistique. Ces mesures devraient être en place d'ici au 1er octobre de l'an prochain.

La coordination de la formation dans les régions constitue un autre défi. Le nouveau système de formation linguistique graduellement implanté depuis 2006 a changé le rôle de l'École de la fonction publique du Canada. Celle ci ne coordonne plus les activités de formation linguistique en région. Cette coordination était devenue essentielle du fait qu'un petit nombre de fonctionnaires étaient répartis dans les bureaux de plusieurs institutions. L'École de la fonction publique du Canada a compensé cette difficulté en créant des groupes d'apprenants et en retenant les services de fournisseurs de formation.

Par conséquent, je recommande que les administrateurs généraux des institutions fédérales soient tenus d'établir, d'ici au 1er avril 2015, un mécanisme qui assurerait une coordination efficace et efficiente de la formation linguistique en région.

De plus, alors que nous nous apprêtons à célébrer 50 ans de formation linguistique dans la fonction publique fédérale, je recommande au président du Conseil du Trésor de mettre sur pied, d'ici au 1er octobre 2014, un panel d'experts indépendants pour mener un examen approfondi de l'efficacité de la formation linguistique actuelle, tant en ce qui concerne les compétences linguistiques qui en découlent que la façon de les évaluer. Cet examen devrait être fait en consultation avec les institutions fédérales qui jouent un rôle central à cet égard, notamment le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, la Commission de la fonction publique du Canada, l'École de la fonction publique du Canada, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada et Patrimoine canadien.

Je sais que les institutions fédérales de la fonction publique ont recouru à diverses stratégies pour favoriser l'emploi des deux langues en milieu de travail. Nous avons demandé aux institutions ce qu'elles font à cet égard, et 83 p. 100 des répondants au sondage ont indiqué avoir des stratégies en place pour aider les employés à conserver leurs acquis linguistiques. Par exemple, certaines institutions tiennent des réunions bilingues et organisent des activités linguistiques.

Pour faire fond sur les aspects positifs et améliorer la reddition de comptes, j'exhorte les administrateurs généraux à continuer d'investir des ressources en formation linguistique, afin de favoriser le développement professionnel de leurs employés et le maintien de leurs acquis linguistiques.

Je recommande aussi que, d'ici au 1er avril 2015, chaque institution fédérale ait atteint, au minimum, le niveau de financement consacré à la formation linguistique avant l'exercice de compression budgétaire entamé en 2011.

Je suis également ravi de soutenir ces efforts au moyen d'un nouvel outil en ligne que les fonctionnaires peuvent utiliser pour examiner les pratiques exemplaires en matière de formation linguistique et créer leurs propres modèles. J'invite les fonctionnaires de tous les niveaux à s'en servir.

Les recommandations formulées dans l'étude soutiennent la vision d'Objectif 2020, selon laquelle des gestionnaires et des dirigeants compétents de la fonction publique créent des occasions qui permettront aux employés de continuer d'apprendre, de s'épanouir et de répondre aux nouvelles normes d'excellence, en faisant notamment appel à des compétences linguistiques existantes et nouvelles, et ce, dans le but de tirer profit de la richesse de la diversité canadienne et de servir encore mieux la population canadienne.

Pour conclure, je m'en voudrais de ne pas mentionner qu'il y a 25 ans, ce mois ci, la Loi sur les langues officielles était considérablement modifiée de manière à préciser les obligations des institutions fédérales, à prévoir un examen permanent du programme des langues officielles par un comité parlementaire et à permettre les recours en Cour fédérale.

C'était une modification de taille, car la Loi, qui consacre notre dualité linguistique et nos droits linguistiques, a la primauté sur toutes les autres lois du Parlement, à l'exception de la Loi canadienne sur les droits de la personne. Aujourd'hui, nous célébrons la Journée de la dualité linguistique une fois par année, mais rien ne nous empêche de vivre l'esprit de cette journée tout au long de l'année en utilisant les deux langues officielles dans le cadre de nos fonctions.

J'espère que dans sept ans, en 2020, avec le soutien de l'École de la fonction publique du Canada, du Réseau des champions des langues officielles et de fonctionnaires dévoués comme vous, nous célébrerons la Semaine de la dualité linguistique!

Merci.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, « Les langues officielles en bref », et Bureau du Conseil privé, « Annexe A – La fonction publique en chiffres — profil démographique de 2011 ».

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Date de modification:

2017-11-08